Canada 2011. De Joel Heath. Durée : 1h30.
Le film est militant et engagé. Il pousse son commentaire éditorial. Mais on en retient bien davantage un appel des sens qui se transpose de l’écran au spectateur avec une acuité rarement vue.
Il y a les images. Magiques, lumineuses, parfois troublantes. Ces envolées majestueuses des eiders dans des cadrages très serrés. Leurs plongées olympiques sous l’eau pour débusquer oursins et moules. Il y a les sons. Purs, crus, cristallins. Des pas sur la neige qui craque. Les cris des animaux déchirant les grandes étendues neigeuses. Il y a le goût, sauvage, de la viande de phoque et d’eider sous la langue.
Ce film est un poème. Littéralement. Et comme il traite avec originalité d’un sujet très rarement vu au grand écran, on peut difficilement demander mieux. Long métrage documentaire, AU GRÉ DE LA PLUME ARCTIQUE nous amène dans les îles Belcher, où des Innus vivent de chasse et de pêche depuis des temps ancestraux. Le bout du monde, version feuille d’érable. Mais voilà. Depuis quelques décennies, la construction de grands barrages hydroélectriques et le rejet d’eau des réservoirs dans la baie d’Hudson adoucissent ses eaux en plus de ralentir les courants. Avec pour conséquences que les polynies, petites étendues d’eau qui ne gèlent pas sur la banquise et où se rassemblent les eiders pour survivre, ont tendance à se refermer, ce qui les force à migrer. Les Innus en perdent leur latin. Ils disent qu’on a renversé les saisons. «La glace est plus difficile à comprendre», dit l’un d’eux.
Cela dit, il ne faut pas s’arrêter seulement à l’aspect écologiste du film. AU GRÉ DE LA PLUME ARCTIQUE nous frappe bien davantage par son équilibre entre homme et nature, entre traditions anciennes et modernisme, entre silences et paroles. Le tout, d’une saison à l’autre, du jour à la nuit, sous des paysages grandioses.
-André Duchesne, La Presse