LAURENTIE (v.o. française)
Québec 2011. Drame de Mathieu L. Denis et Simon Lavoie. Avec Emmanuel Schwartz, Eugénie Beaudry, Martin Boily, Guillaume Cyr, Jade Hassouné, Marilou Dion et Guillaume Boisbriand. Durée : 2h00.
On pourra aimer ou détester LAURENTIE selon la lecture qu’on en fait. Ceux qui apprécieront ce long métrage singulier, réalisé par Mathieu Denis et Simon Lavoie, admireront le culot avec lequel les deux auteurs cinéastes abordent la délicate question de notre identité nationale. Et ils auront raison. Ceux qui, en revanche, trouveront affreusement réducteur le portrait dépeint dans ce drame – ô combien lourd de québécitude désespérée – auront aussi raison. LAURENTIE fait partie de ces films qui suscitent la discussion, voire même des débats. Déjà, il s’agit d’une très belle qualité.
Dès les premières images, les cinéastes affichent leurs couleurs. Le malaise s’impose d’emblée. Leur antihéros est condamné à foncer dans un mur, et vite. Technicien en audiovisuel trentenaire, Louis Després (Emmanuel Schwartz, dans une performance qu’on ne peut que qualifier de courageuse) est un branleur de première qui traîne la poisse avec lui partout où il passe. Incapable de rapports sociaux « normaux », le jeune homme déverse ses frustrations sur tout ce qui symbolise «l’autre». Cet «autre» qui, dans son esprit psychologiquement malade, l’empêche de s’épanouir. Les baby-boomers sont évidemment responsables de tous ses malheurs et les Anglos encore davantage. Mais son mal-être sexuel, qui le pousse à de frénétiques séances de masturbation, indique aussi un profond malaise sur le plan du désir et des relations intimes. Le sexe, montré de façon très franche (non sans causer un certain émoi) est triste et cru.
Pour faire écho au parcours douloureux du personnage, Denis et Lavoie empruntent une approche radicale. Leur film est constitué de plans-séquences souvent très longs, dans lesquels les personnages ne font rien d’autre que de contempler le vide de leur existence. Un vieillard déambule lentement à l’aide d’une marchette dans une église. Louis et ses deux amis écoutent du Sibelius sans broncher dans une cuisine pendant plusieurs minutes. Ces scènes-là ont des allures de tours de force.Des extraits de poèmes, très beaux, sont aussi insérés dans le récit. Les œuvres d’Anne Hébert, Marie Uguay, Saint-Denys Garneau, Hubert Aquin et d’autres auteurs québécois viennent ainsi enrober la parole handicapée du protagoniste. Ils mettent aussi en exergue l’impasse dans laquelle est coincée notre question nationale, à laquelle le parcours de Louis fait tragiquement écho.
Parfaitement détestable, Louis nous renvoie pourtant au visage toutes nos contradictions. Cela explique peut-être pourquoi il nous dérange tant.
- Marc-André Lussier