UNE TOUCHE D’ÉPICES (v.o. grècque avec s.-t. français)
Grèce 2003. Comédie dramatique de Tassos Boulmetis. Avec Gerotes Corraface, Bashak Koklukaya et Tassso Bandis. Durée : 1h48.
À Athènes, un éminent professeur d'astrophysique doit retourner à Istanbul, la ville de son enfance, pour les funérailles de son grand-père. Une fois rendu, il se rappelle que celui-ci lui avait enseigné comment cuisiner les épices. Épicier philosophe et fin gourmet, il lui avait appris que gastronomie et astronomie allaient de pair, et que la cuisine épicée avait des effets sur le comportement des individus et leurs relations humaines. Son séjour lui donnera aussi l’occasion de retrouver la jolie Saïmie, son premier amour dont il fut brusquement séparé quand ses parents se virent dans l’obligation de quitter la Turquie alors qu’il n’était qu’un garçon.
À travers les souvenirs d’un homme se recueillant sur son passé, c’est tout un pan de l’histoire de la Grèce contemporaine qui est racontée dans UNE TOUCHE D’ÉPICES, le plus grand succès de tous les temps du cinéma grec qui, d’ailleurs, représenta son pays aux Oscars du meilleur film étranger.
1965, l’année où la communauté grecque d'Istanbul, dans sa quasi-totalité, fut expulsée par les autorités turques, fut aussi celle qui marqua à jamais le jeune Fannis devenu depuis un scientifique réputé. Jusque là, il était tout proche de son grand-père, celui qui lui parlait des épices et des étoiles, celui qui lui révélait la beauté de la vie, le pouvoir des sens, le goût des saveurs, l’odeur des arômes, le charme des femmes et le respect de l’autre. Après trente-cinq ans, il reviendra dans son pays d’origine pour découvrir qu’il avait oublié de mettre une pointe d’épice dans sa vie, lui qui, tout petit, passait tous ses temps libres à faire de petits plats pour rendre heureux ceux qu’il aimait.
J’assume l’aspect autobiographique d’UNE TOUCHE D’ÉPICES. J’ai quitté la Turquie au début des années 60 et n’y suis retourné qu’en 1994 et seulement pour deux jours. C’est de cette expérience que m’est venue l’idée du film que j’ai fini par achever après plusieurs années d’écriture. Je voulais exprimer le malaise que je ressentais d’être perçu en Grèce comme étant un Turc, et comme un Grec en Turquie. J’ai grandi entre deux cultures, avec tout ce que cela engendre de difficultés identitaires et de carence quant au sentiment d’appartenance dont tout individu a besoin. En cela, UNE TOUCHE D’ÉPICES est une histoire universelle. Heureusement, les rencontres que l’on fait dans la vie nous sauvent du vide, certaines plus que d’autres.
- Tassos Boulmetis