DÉPARTS (v. o. japonaise s.-t. français)
Japon 2008. Comédie dramatique de Yôjirô Takita. Avec Masahiro Motoki, Tsutomu Yamazaki, Ryoko Hirosue et Kimiko Yo. Durée : 2h11.
Lorsque l'orchestre symphonique dans lequel il jouait est démantelé, le violoncelliste Daigo Kobayashi quitte Tokyo avec sa femme Mika pour retourner vivre dans son village natal du nord-est du Japon, et s’établir dans la maison familiale, inoccupée depuis le décès de sa mère. À la recherche d'un nouvel emploi, Daigo répond à une annonce pour un travail "d'aide aux départs", imaginant avoir affaire à une agence de voyages. L'ancien violoncelliste s'aperçoit qu'il s'agit en réalité d'une entreprise de pompes funèbres, mais accepte l'emploi par nécessité financière. Sous l'égide du maître des lieux, qui prend à ses yeux valeur de figure paternelle, Daigo assimile rapidement le rite funéraire, avec ses gestes précis et son caractère solennel. Lorsque Mika apprend le métier qu'il pratique, elle réagit très mal et le quitte. Mais un événement lui fait revoir sa position.
Et puis voici la mort. C'est une nuit qui tombe, et qui revêt le cher disparu. Des étrangers en gants blancs viennent, s’occupent du corps, le préparant pour l'au-delà. Dans DÉPARTS, magnifique film d'un réalisateur japonais peu connu, Yojiro Takita, cette cérémonie funéraire est douce et aussi légère qu'une pluie de pétales. Le trépas devient une invitation gracieuse, intimement liée à la vie, et rien n'est plus éloigné de notre conception occidentale de la mort : il n'y pas trace de cette violence, de cette absurde brutalité qui s'abat chez nous. Difficile à croire : DÉPARTS est, par moments, un film drôle. Une ironie sucrée-salée imprègne ces belles images du beau et grand Japon, des envols des oies sauvages, des montagnes enneigées et surtout de cette constante recherche de ritualité. L'étonnement du personnage principal, sorte de naïf perdu au pays des cimetières, se mue en émotion délicate à travers une histoire pudique et fine, évitant toute lourdeur dans son illustration classique et humble à la fois.
Immense succès au Japon et honoré des plus prestigieuses récompenses nippones, DÉPARTS avait reçu le grand prix des Amériques au Festival des films du monde de Montréal, en 2008, avant de se mériter l’Oscar du meilleur film étranger.
Je me suis senti en harmonie avec le sujet, et l'idée d'aider quelqu'un à «partir» m'a parue merveilleuse. Il est important que nous soyons témoins, que nous comprenions que nous naissons en pleurant, et que nous partons au milieu des larmes. Mais ces larmes ne sont pas nécessairement tristes. Il s'agit « d'une histoire très japonaise », montrant avec minutie les rites funéraires propres à la culture de mon pays, sur fond de déclin d'une communauté rurale. Mais le thème de la mort est universel et peut être compris par des gens partout dans le monde, au-delà des frontières et des langues.
- Yôjirô Takita